dimanche 29 novembre 2015

Malentendus sur le climat et l'énergie

Toute la société moderne dépend de l'énergie, et il est facile de se perdre dans cette forêt de kilowattheures et de tonnes d'équivalent pétrole. Jean-Marc Jancovici analyse l'ensemble de la question avec une clarté qui fait éclater les malentendus qui polluent tous les débats sur le climat, l'énergie et la croissance.

Chapitre 1. La croissance reviendra puisqu'elle est indispensable
Non, elle ne reviendra pas ; elle est fondée sur l'augmentation de l'énergie disponible et peu coûteuse; or, depuis 2007, la production mondiale de pétrole (mesurée en énergie) a cessé de croître. Et les consommateurs ont continué d'augmenter. Entre 2006 et 2014, la consommation européenne a baissé, de manière imposée, de plus de 18%. Même les USA, avec leur pétrole de schiste, consomment 10% de moins en 2014 qu'en 2006.

Chapitre 2. L'université pour tous évidemment
Mauvaise idée.
En accueillant désormais 50% de ceux qu ont 18 ou 19 ans, l'université ne peut plus être considérée comme préparant l'élite : elle prépare les salariés qui dirigent les machines qui produisent à notre place, grâce à l'énergie, dans l'agriculture, l'industrie et le tertiaire. Mais avec une énergie désormais limitée, la production va exiger moins de travailleurs pour commander les machines et pour distribuer leur production ; les seuls emplois en croissance seront les emplois de travailleurs manuels formés par l'apprentissage.

Chapitre 3. Dormez tranquilles jusqu'en 2100
J.-M. Jancovici est le seul à nous expliquer que la date de 2100 qui sert de référence et d'objectif dans tous les textes et commentaires sur la question climatique n'a pas d'autre justification que d'être la conséquence de la normalisation des simulations et faciliter les comparaisons. Malheureusement cette échéance lointaine pour un humain a tendance à le démotiver de toute action urgente visant des effets à échéance courte ou moyenne, sans même parler des échéances électorales qui sont en général encore plus courtes.
Le problème, c'est qu'il y aura des conséquences graves qui surgiront bien avant 2100 :
- il faudra quitter des lieux devenus inhospitaliers pour d'autres moins agréables où tout devra être reconstruit ;
- et où il faudra affronter le stress hydrique et thermique ;
- avec une moindre disponibilité d'énergie et autres ressources naturelles, y compris alimentaires ;
- l'apparition de problèmes politiques résultant des crises (alimentaires, climatiques, catastrophiques).

Chapitre 4. Solaire et éolien : comment faire sans ?
Pour décarboner l'économie, il ne faut pas espérer remplacer 80% de fossiles par 100% d'énergies renouvelables. Ce serait plutôt une action progressive depuis les économies d'énergie et le nucléaire et allant vers la capture et la séquestration du CO2 ou le remplacement temporaire du charbon par du gaz dans la production d'électricité.
La bonne question est celle de l'efficacité comparée des investissements pour faire baisser les émissions, afin d'investir dans les moyens les plus efficaces par euro dépensé.

Chapitre 5. L'Allemagne, notre icône ; c'est le pays de tous les succès.
Est-ce bien sûr? De 1995 à 2014, l'Allemagne a investi 350 Milliards d'euros dans les éoliennes, panneaux solaires et autres méthaniseurs pour faire passer de 4 à 26% la part de production électrique provenant de sources renouvelables. Or cet investissement énorme (coût de reconstruction à neuf de la totalité du parc nucléaire français) n'a pas changé d'un iota l'évolution des émissions de CO2 de l'Allemagne.

Chapitre 6. Le charbon, c'est du passé !
Pas du tout : en 1900, consommation mondiale 700 millions de tonnes . En 2000, 4.7 milliards de tonnes. 8,2 milliards de tonnes en 2014.

Chapitre 7. Toujours plus de CO2
L'idée que les émissions de gaz à effet de serre pourraient continuer à augmenter indéfiniment est erronée. En effet, les conséquences d'une telle augmentation a des influences perturbatrices non seulement sur le climat et l'agriculture, mais aussi sur nos activités économiques, et sur nos organisations politiques. Sans parler des infrastructures devenues vulnérables aux phénomènes extrêmes. Tout cela générera des besoins de remplacement en énergie et matières premières qui se heurteront à des pénuries.

Chapitre 8. Écolo et pro-nucléaire ?
50% de la population française considère que le nucléaire a plutôt des avantages.
Le nucléaire aime les cadres longs et les conditions financières raisonnables, bref tout l'inverse de ce que l'économie a créé depuis que l'on dérégule partout, que les horizons de temps se raccourcissent et que la finance a pris le pouvoir dans les entreprises.

Chapitre 9. La crise de la dette, c'est la faute aux banques
La profession bancaire porte une part de responsabilité forte dans le pastis qui a démarré en 2008. Mais le vrai coupable s'appelle ... le pétrole. La croissance de sa production de près de 10% par an de 45 à 74 a alimenté la croissance économique de près de 5% pendant les Trente Glorieuses. Puis la production de pétrole n'augmente plus que de 1% par an jusqu'en 2005, puis s'arrête et la croissance aussi. La dépense publique a continué d'augmente bien que les recettes fiscales n'augmentent plus. D'où augmentation de la dette des états.

Chapitre 10. Pétrole et Front national sont dans un bateau
Rester maîtres de notre destin en diminuant notre dépendance aux énergies fossiles. Pour cela, associer l'efficacité énergétique, le nucléaire et certaines énergies renouvelables.

Chapitre 11. Vous en reprendrez bien une louche ?
Le miracle de la croissance verte ? Pas encore démontré.
Internet nous sauvera !
Mais que font les Nations unies ? COP 21
La concurrence ou l'environnement, il va falloir choisir : dans le monde de l'énergie contrainte il n'est plus possible d'avoir des prix de plus en plus bas pour tout le monde et un emploi pour tous. Ni d'investir sans protection.
Il est absurde, dans ce monde de la décroissance énergétique qui est déjà le nôtre, de chercher à mettre dans la libre concurrence les infrastructures lourdes (transport, production électrique, eau, télécoms, etc.)
Le ministre et (l'oubli de) la règle de trois
La démocratie ne s'adapte pas spontanément à un monde fini; trop de tentations et de facilités freine les révisions pénibles.

Conclusion
Mais les démocraties finissent toujours par triompher ; la découverte du monde fini pose des problèmes d'organisation, de régulation, d'efficacité, de choix intelligents, rien qui soit aussi difficile, incertain, douloureux qu'une guerre mondiale.
L'ingénieur Jancovici nous rappelle en introduction la maxime "un problème bien posé est à moitié résolu", et il énumère assez cruellement tous les problèmes que nous avons mal posés. La moitié du boulot est donc faite.

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