Demain est un très beau film qui décrit très bien des activités complexes comme l'agriculture. Il n'a évidemment pas la place d'expliquer le fonctionnement de l'économie en général et de la monnaie en particulier. Il est donc peut-être utile de clarifier la notion de monnaie complémentaire.
La fonction essentielle d'une monnaie qui n'est pas complémentaire (c'est à dire une vraie monnaie) est de permettre toutes les transactions entre tous les acteurs d'une économie ; pour atteindre cet objectif elle doit appliquer des règles qui lui sont propres, et la rendent obscure et même parfois incompréhensible. La seule façon de clarifier son utilité est de décrire ses fonctions pratiques : participer à la vie quotidienne des particuliers, des entreprises, des institutions publiques et privées, de l'Etat, dans le cours de la vie locale, nationale et internationale, ce qui fait beaucoup.
Au contraire, ce que l'on appelle la monnaie complémentaire ne fonctionne qu'entre un nombre limité d'acteurs, particuliers et PME, et pour une nombre limité de transactions, tant en substance qu'en quantité. Pourquoi toutes ces limitations ?
Il faut commencer par établir la liste des gens (particuliers et entreprises) qui vont participer à la MC qui vont constituer une sorte d'association qui tiendra par chacun un compte de MC. Il va falloir aussi que les participants définissent les transactions qu'ils acceptent de payer on d'être payés en MC. Car le nombre réduit de participants a pour conséquence que de nombreuses transactions, et non des moindres, ne pourront pas être négociées en MC, par exemple toutes celles portant sur des produits ou services non produits par les membres de l'association. L'aspirine, l'essence, le café, seront probablement "importé" de fournisseurs non-membres de l'association et exigeant donc les paiements en vraie monnaie.
Pour la même raison, il sera pratiquement impossible que des investissements productifs soient financés par des prêts en MC, car les acquisitions de terrains, bâtiments et machines ne pourront être payés en MC, ce qui les limitera aux investissements déjà financés par le micro-crédit en monnaie normale.
Cet incapacité de la MC à financer les investissements productifs, rend d'autant moins pertinente la critique des prêts financés par la création monétaire sous forme de monnaie scripturale ; il suffit d'observer les immenses marchés d'obligations pour admettre que ce sont toujours des prêts à long terme qui financent les grands travaux d'infrastructure. Que les billets de banque ne soient plus émis, quasiment depuis qu'ils existent, pour faire des prêts à long terme, parce que les banques commerciales, placées sous le contrôle étroit des banques centrales, utilisent des techniques plus efficaces, ne justifient pas que l'on caricature ces techniques en laissant entendre qu'un crédit scriptural consenti à un client ne constitue pas une dette certaine de la banque.
Merci pour cet éclairage qui montre les limites de ce bel espoir qu'est la monnaie complémentaire.
RépondreSupprimerJ'émets quelques réserves par rapport à l'efficacité du contrôle des banques puisque les Etats ne les laisseront jamais couler (sous peine de chaos social). Mais bon, cela est un autre débat... ;-)